jeudi 12 septembre 2013

Les dessous du tir des deux missiles en Méditerranée


Une source diplomatique éminente a révélé que « la
guerre américaine contre la Syrie a commencé et a terminé au moment du tir des
deux missiles balistiques qui sont tombés dans la mer » ! Selon le
quotidien libanais assafir, citant cette haute source, « les deux missiles
ont été lancés par les forces américaines d’une base militaire de l’OTAN en Espagne.
Ils ont été détectés par les radars russes immédiatement. Les batteries de
défense russe les ont confrontés. Un missile a explosé en l’air alors que l’autre
a été dérouté et est tombé ensuite en mer ».


Et la source d’ajouter : « Le communiqué publié
par le ministère russe de la défense sur la détection de deux missiles
balistiques lancés en direction de la Méditerranée a négligé de souligner deux
informations : le lieu du tir des missiles, et leur interception ».
Pourquoi ? Parce qu’immédiatement après cette opération militaire, la
direction des renseignements russes a contacté les renseignements américains pour
les informer que « frapper Damas équivaut à frapper Moscou et nous avons
omis la phrase de l’interception des deux missiles du communiqué que nous avons
publié pour sauvegarder les relations bilatérales et pour ne pas provoquer plus
d’escalade. Pour cette raison, vous devez revoir rapidement votre politique et vos
intentions envers la crise syrienne et vous devez réaliser qu’il vous est
impossible d’éliminer notre présence en Méditerranée ».
« Cette confrontation directe non annoncée entre
Moscou et Washington a augmenté la confusion de l’administration d’Obama qui
est devenue plus convaincue que la partie russe est prête à aller jusqu’à la
fin en ce qui concerne la cause syrienne, et a montré que seule une initiative
russe pourra sauver la face de l’administration US et que la volonté de la
Russie décidera de la paix ou de la guerre en Syrie ».
La même source a poursuivi : « Après qu’Israël
a démenti sa connaissance au sujet du tir des missiles dans son premier communiqué,
Washington a demandé de Tel Aviv de revendiquer les tirs des missiles pour la
sauver de cette position, surtout que ce tir était le signal de lancement de l’offensive
contre la Syrie. Il était prévu que le Président américain participe au sommet
du G-20 pour mener des négociations sur le sort du président syrien Bachar
el-Assad ».
« Après la confrontation balistique entre les
Etats-Unis et la Russie, Moscou a augmenté ses experts militaires en Syrie, et
a multiplié ses pièces militaires et ses navires pour renforcer sa présence
militaire en Méditerranée, et a choisi d’annoncer son initiative sur la fin de
l’offensive contre la Syrie après le sommet du G-20.  Cette décision a été prise suite à des
réunions avec la partie syrienne qui a donné son accord sur la proposition
russe de placer les armes chimiques sous contrôle international et d’adhérer à
la convention de la non-prolifération d’armes chimiques ».
« Les premiers résultats de la confrontation balistique
américano-russe furent le vote de la chambre des communes britannique sur le
refus de participer à la guerre en Syrie, une décision qui a été suivie par des
positions eurpéennes, notamment la position de la chancelière allemande Angela
Merkel », a encore révélé ladite source.
source: assafir

Source :
http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=130437&cid=18&fromval=1&frid=18&seccatid=37&s1=1

mardi 10 septembre 2013

Pierre Piccinin : "Ce n’est pas le gouvernement de Bachar al-Assad qui a utilisé des gaz de combat dans la banlieue de Damas"


L’ex-otage belge en Syrie Pierre Piccinin raconte sa détention à la RTBF : lui et son compagnon d’infortune ont été torturés. Selon lui, il est trop tard pour intervenir contre Bachar al-Assad. Il affirme que ce n’est pas le gouvernement syrien qui a fait usage de gaz de combat dans la banlieue de Damas.
9 SEPTEMBRE 2013
L’enseignant belge Pierre Piccinin da Prata est arrivé à Bruxelles ce lundi matin à 05h40, en provenance de Rome. Enlevé en Syrie en avril dernier, il a été libéré dimanche soir en même temps que l’Italien Domenico Quirico, journaliste au quotidien La Stampa.
Pierre Piccinin a été accueilli à Melsbroek par ses parents, la ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet, le directeur du centre de crise Jaak Raes ainsi que des représentants de la police fédérale.
Interrogé par Sacha Daout, Pierre Piccinin raconte que Domenico Quirico et lui-même ont été capturés par l’Armée syrienne libre. Ils ont été ensuite livrés à "un groupe de brigands islamistes", qui les ont coupés de tout contact avec l’extérieur pendant deux mois. Il a pu ensuite téléphoner clandestinement et brièvement à sa famille.
Fausses exécutions
Après avoir marché pendant deux jours et deux nuits avec un groupe de plusieurs milliers de civils et de combattants syriens vers le nord du gouvernorat de Damas, ils ont été livrés au groupe Al-Farouk, un des grands mouvements de la révolution. Ce groupe les a plusieurs fois déplacés à travers le pays.
Pierre Piccinin poursuit en expliquant que, à certains moments de leur détention, les deux otages ont été maltraité, et même torturés. On les considérait comme des sous-hommes : ils ont été "maltraités, brimés, frappés à plusieurs reprises" et même torturés. "Domenico a subi deux fausses exécutions", dit-il. Il explique avoir tenté deux évasions avec son compagnon de captivité, dont une qui leur aura valu une sévère punition lorsqu’ils ont été repris, après deux jours de cavale dans les campagnes.
Pierre Piccinin déclare ne rien savoir des négociations qui ont eu lieu pour sa libération. Tout ce qu’il dit, c’est que cela a été pris en charge par les autorités italiennes. Mais il indique qu’une cellule de crise belge suivait l’évolution de la situation, et que ses parents ont reçu une "aide psychologique très sérieuse et très précieuse".
Ce n’est pas le gouvernement syrien qui a utilisé les gaz
Selon Pierre Piccinin, ce n’est pas le gouvernement de Bachar al-Assad qui a utilisé des gaz de combat dans la banlieue de Damas. Il tire cette conclusion d’uneconversation qu’il a surprise au cours de sa détention [voir la vidéo ci-dessous, de 13:50 à 15:00].
Pierre Piccinin estime qu’il ne faut pas intervenir en Syrie, et en tout cas pas en réaction à l’utilisation de gaz de combats. Il poursuit : "Qui soutenir maintenant ? J’ai longtemps plaidé pour qu’on soutienne l’Armée syrienne libre, c’étaient des officiers sérieux qui désertaient l’armée du régime pour encadrer la révolution [1] , et lui donner un élan démocratique et laïque. On n’a pas soutenu ces gens ; on a laissé des myriades de mouvements islamistes soutenus par des monarchies du Golfe prendre le dessus. On a laissé cette armée libre à l’abandon et, dans la déliquescence, elle a formé une série de groupes de bandits. Qui va-t-on soutenir maintenant ? C’est trop tard".
Un enseignant de Philippeville
Habitué des voyages dans le monde arabe, cet enseignant de l’athénée Jean Rostand à Philippeville avait disparu en Syrie depuis le mois d’avril et les supputations les plus pessimistes s’étaient multipliées depuis le dernier signe de vie que l’enseignant avait donné, via Skype, le 17 avril. Il avait eu, en juin dernier, une brève conversation avec ses parents, qui habitent Gembloux.
Septième voyage en Syrie
Le chercheur s’est notamment rendu à Homs, Hama et Rastane, viviers de la contestation populaire. Il avait été interpellé dès son retour à Damas.
L’historien et politologue de formation effectuait son septième voyage en Syrie depuis le début du soulèvement populaire en 2011. Pierre Piccinin avait été, dans un premier temps, relativement sceptique quant à la rébellion syrienne et défendait des thèses proches de celles du régime de Bachar al-Assad. Cependant, il avait été enlevé et torturé aux côtés de rebelles pendant six jours lors de son troisième séjour en Syrie en mai 2012. Il avait alors pris la défense du soulèvement populaire contre le régime baasiste.
Le 12 août dernier, on apprenait que les services italiens étaient en contact avec les ravisseurs de Domenico Quirico, le journaliste de La Stampa qui accompagnait Pierre Piccinin. La presse italienne annonçait alors que les services italiens avaient bon espoir de conclure un accord avec les ravisseurs, la ministre italienne des Affaires étrangères évoquant pour sa part son "optimisme prudent".
RTBF avec agences , 9 septembre 2013.

Voir également l’interview de Pierre Piccinin par rtlinfo.be

Commentaire de Silvia Cattori
Les révélations de Pierre Piccinin au sujet de l’usage d’armes chimiques par les rebelles ne font que confirmer les informations que nous n’avons cessé de publier mais qui ont été systématiquement occultées par la presse de grande diffusion. Cela aussi bien sur l’attaque du 21 août dans la banlieue de Damas [2], que, auparavant, sur la possession d’armes chimiques par les rebelles et leur attaque du 19 mars à Khan-Al-Asal, près d’Alep [3]. La vraie surprise est que Piccinin en vienne à l’admettre malgré son fervent parti-pris pro-rebelle.
Il en va de même des propos de Piccinin rapportés par divers journaux concernant la responsabilité des rebelles dans l’assassinat de Gilles Jacquier - le reporter de France 2 tué à Homs en janvier 2012 – lorsqu’il affirme avoir entendu ses geôliers dire à son propre sujet qu’ils pourraient le liquider et faire « passer ça comme un crime du régime, comme on l’a fait avec le Français Jacquier ». Il était évident que les tirs qui avaient tué Jacquier étaient venus de la zone des rebelles. La thèse d’un « guet-apens » du régime avancée par Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallélian, deux journalistes suisses qui se trouvaient alors à Homs, était absurde. Calquée bien évidemment sur la version mensongère des services de renseignements français dans le cadre d’une désinformation [4] devant servir la diplomatie française dans sa croisade contre le régime de Bachar el-Assad.


[1] Sur son engagement au côté des groupes terroristes en Syrie voir :
« Syrie : Pierre Piccinin et la monstrueuse illusion de l’"ingérence humanitaire" », par Silvia Cattori, 10 juin 2012.
http://www.silviacattori.net/article3302.html

Syrie : de plus en plus de chefs de milices abattus, dont le chef d’al-Nosra

Tout observateur avisé de la crise syrienne constate ces derniers temps que de plus en plus de chefs de milices périssent. Il y a eu la semaine passée le Ben Laden de la Syrie, la saoudien Abou Malek, ainsi que le prince Abou Houzaïfa le Tunisien, et autre et autres..
5 tués lundi 
Pour le seul jour de lundi, ce sont au moins cinq nouveaux chefs de milices qui ont été tués.
Il y a d’abord le commandant militaire  du front al-Nosra dans toute la Syrie, le surnommé Imad AlAhmad alHamad.
Il a été tué à Deir Ezzor, comme l’a rapporté le site de la télévision iranienne arabophone AlAlam, et selon laquelle il a péri dans une opération spéciale de l’armée syrienne régulière, dans le quartier Houwayka où se livrent les forces gouvernementales et les milices un combat sans merci. C’est dans ce quartier que se situent les bâtiments officiels du gouvernorat.
Le saoudien Abou Malek qui a combattau en Afghanistan avant de venir en Syrie et a été tué à LattaquiéCe mardi, les combats s’y sont poursuivis et 33 miliciens ont été tués, indique l’agence russe Russia Today. Tous appartiennent aux deux groupuscules d’Al-Qaïda, l’Etat islamique de l’Iran et du Levant (EIIL) et le front al-Nosra. Parmi eux figurent aussi deux autres chefs de milices, dont le commandant de la brigade d’alMoustafa, et celui de la brigade Saïka. Il y est question de 25 militaires tués, selon Russio Today.
En marge de ces combats, rapporte l’agence syrienne officielle Sana, un dépôt d’armements et de munitions a été détruit ainsi qu’un certain nombre de repaires des miliciens.
Dimanche, 23 miliciens extrémistes avaient été tués dans cette même région.
L'Allemand
Abou Zeid l'Allemand

Quant au quatrième chef d’Al-Qaïda, il a été abattu à Lattaquié.
Il s’agit d’après AlAlam d’Abou Zeid l’Allemand, de nationalité allemande qui a succombé dans des combats dans la localité de Dorine avec les forces régulières.

Un qatari, le 4ème
Le milicien qatari Abdallah Ben Abde Mohsen Al Bassis De plus, les sites del'inurrection ont rendu compte de la mort d’un milicien qatari, Abdallah Ben Abde Mohsen Al Bassis connu sous le pseudonyme Abou-l-Zoubaïr le Qatari.
Selon les réseaux sociaux, il a péri dans les combats qui ont eu lieu autour de l’aéroport de Mennegh, dans la province d’Alep, alors qu’il combattait dans les rangs de milice « Brigade Abou Aïcha l’Albanais » affilié à Al-Qaïda.
Il est l’un des miliciens les plus anciens en Syrie où il est arrivéYoussef Rouwayli, le saoudien auteur de l'opération suicide du 11 aout dernier dans le village Maaret AlArtek, dans la province d'Alep  depuis plus d’un an. Ayant combattu dans les rangs du front al-Nosra, il a été l’un des premiers à rejoindre celui de l’EIIL, et a prêter allégeance à Abou Bakr le bagdadi.
Unité contre Al-Qaïda
Dans ce contexte, des sources militaires syriennes ont révélé que l’armée a créé une nouvelle unité spécialement conçue pour traquer et liquider les dirigeants d’Al-Qaïda en Syrie, « les Syriens et le étrangers », ainsi que ceux de l’ASL.
Mobilisation kurde 
Dans les régions kurdes du nord et nord-est de la Syrie, la mobilisation s'accélère. Quelques 500 kurdes syriens ont rejoint ces deux dernières semaines les rangs des unités de protection populaire kurdes du parti démocrate kurde.
Selon l’un des combattants de ces unités, Dejwar Issa qui s’exprimait pour le site Arabi-press, la plupart de ces nouveaux recrus sont des femmes. Ils se sont mobilisés pour faire face aux attaques perpétrées conjointement par l’ASL, l’EIIL et le front al-Nosra contre leurs régions à Hassaké et Raqqa et Alep et au cours desquels des dizaines ont péri et des centaines ont été enlevés.

Saleh Muslim

Des antis-humains
Interrogé par la chaine AlAlam, le dirigeant de ce parti Saleh Muslim a accusé que les miliciens n’ont pas respecté la trêve de trois jours convenus pour la fête d’al-Fitr et n’ont pas cessé de pilonner les régions kurdes.
Il a signalé que les Kurdes de Syrie se préparent pour combattre les miliciens takfiris qui d’après lui « n’ont rien à voir avec l’Islam ».
«  Ce sont des antis humains, des sauvages », a-t-il déplore. Avant de poursuivre : « il y a beaucoup de factions qui adoptent l’appellation de l’Armée syrienne libre. Mais elles n’ont rien à voir avec la liberté ni avec une armée, ce ne sont que des bandes, dont le front al-Nosra », a-t-il poursuivi.Le religieux tunisien salafiste Abou Ayyoub Al-Tunuci, qui faisait partie de la brigade des Mouhajirines et a été tué à Lattaquié
Accord avec la coalition? 
Or il s'avère que l'autre représentation politique kurde syrienne a annoncé la conclusion d'un accord avec la Coalition. Selon la BBC, citant Abdel Hamid Darwiche, le secrétaire général du parti démocratique progressiste kurde en Syrie, les factions kurdes sont parvenues à un accord avec le chef de la Coalition syrienne, Ahmad Aljarba,  en fonction duquel les deux antagonistes devraient reprendre leurs positions initiales et échanger les détenus. Il est également convenu que des comités formés de membres des deux parties soient formés pour coordonner les mécanismes d’application de l’accord.
Des dizaines ont été tuées de part et d’autre et des centaines ont été enlevées dans des combats qui ont éclaté lorsque les Kurdes ont délogé les miliciens de leur localité frontalière avec la Turquie Ra’s elAïn. 
Terrain
Dans le gouvernorat de Hama, 11 civils ont été tués lundi dans la chute de trois obus dans trois quartiers de la ville salmiyya. Cette ville est considéré comme la capitale de la communauté ismaélite en Orient. Selon le site Syrian Telegraph, c'est à la demande du chef des services de renseignements saoudiens le prince Bandar Ben Sultane qu'elle est devenue la cibe des attaques des miliciens wahhabites takfiris.
Les deux miliciens Abou AbdelRahmane l'égyptien, et Abou Arwa le libyen qui ont combatu dans les rangs du front al-Nosra et ont ét6 tués la semaine passée dans la province de LattaquiéA Alep, indique le site Syrian Documents, 7 miliciens de l'ASL ont peri dans un raid contre deux villages situés au confin avec la Turquie, à hauteur du passage frontalier de Bab.
Alors que dans la ville de Raqqa, seule ville syrienne occupée par les miliciens, une voiture piégée a explosé à proximité d'un rassemblement de la milice "Brigades des petits-fils du prophète", et il est question de pertes humaines.

Plusieurs miliciens ont aussi été tués et blessés dans la citadelle AlHosn dans la province de Tal Kalekh.  
Source :
http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?fromval=1&cid=18&frid=18&eid=125244

Le journaliste Domenico Quirico, libéré de Syrie : "J'ai rencontré le pays du Mal"

Domenico Quirico, journaliste du quotidien "la Stampa", habitué des théâtres de guerre, avait été enlevé en Syrie début avril.
Domenico Quirico, journaliste du quotidien "la Stampa", habitué des théâtres de guerre, avait été enlevé en Syrie début avril. | AP/Riccardo De Luca
Domenico Quirico, journaliste à La Stampa détenu en Syrie pendant cinq mois avec le Belge Pierre Piccinin, a regagné l'Italie lundi. Il a livré à son journal le récit de sa captivité.
Lire le récit en VO sur le site de La Stampa : "Io, tra bombe, fughe e umiliazioni" (intégralité en payant)

Nous sommes entrés en Syrie le 6 avril avec l'accord de l'Armée syrienne libre (ASL) et sous sa protection, comme les fois précédentes. J'ai essayé de merendre à Damas pour vérifier par moi-même, comme je le fais toujours, les nouvelles qui circulaient à propos de la bataille décisive de cette guerre civile. Mais nous avons été informés qu'il fallait attendre quelques jours et c'est ainsi que nous avons accepté la proposition de nous rendre dans la ville de Qoussair, proche de la frontière libanaise, qui était alors assiégée par le Hezbollah, allié fidèle du régime de Bachar Al-Assad.

Nous sommes arrivés à Qoussair avec un convoi de ravitaillement de l'ASL, un long voyage de nuit tous feux éteints à travers les montagnes – le régime contrôlait les routes. Nous avons été bombardés par un Mig près d'un moulin de l'époque byzantine. Nous nous trouvions dans la vallée de l'Oronte, un endroit où, au cours de l'histoire, les empires se sont faits et défaits.
C'est là que la bataille entre Ramsès II et les Hittites a eu lieu. Ici, l'histoire est partout, dans chaque colline, dans chaque pierre. La ville était déjà dévastée et détruite par les bombardements de l'aviation alors, la nuit suivante, nous avons décidé de revenir à notre point de départ pour savoir s'il était possible de prendrela route de Damas.
L'ENLÈVEMENT
Nous avons demandé à être accompagnés par des hommes de l'ASL [Armée syrienne libre] et c'est en compagnie de deux d'entre eux, avec qui nous venions de dîner, que nous sommes partis. Nous les pensions fiables. Mais il est probable que ce soit eux qui nous aient trahis et vendus. Dès la sortie de la ville, notre voiture a été stoppée par deux pick-up remplis d'hommes masqués. Ils nous ont fait monter dans leurs véhicules, puis nous ont conduits dans une maison où ils nous ont battus.
Ils se présentaient comme des policiers du régime. Les jours suivants, cependant, nous avons découvert que c'était faux, car nos ravisseurs étaient de fervents musulmans qui priaient cinq fois par jour de façon savante et mélodieuse. Le vendredi, ils ont écouté le sermon d'un prédicateur qui soutenait le djihad contre Assad. Mais ce n'est que lorsque nous avons été bombardés par l'aviation que tout reste de doute s'est évanoui : ceux qui nous avaient pris en otage étaient des rebelles.
A son arrivée à Rome, le reporter de la "Stampa" a confié avoir été "maltraité" par ses ravisseurs.
L'ÉMIR ABOU OMAR
Le créateur et chef du groupe de nos ravisseurs était un soi-disant émir qui se faitappeler Abou Omar, vraisemblablement un surnom. Il a formé sa brigade en recrutant des gens du coin, plus bandits qu'islamistes ou révolutionnaires. Cet Abou Omar couvre ses trafics et activités illicites d'un vernis d'islamisme et collabore avec le groupe qui nous a récupérés ensuite, Al-Farouq. Cette faction très connue de la révolution syrienne fait partie du Conseil national syrien et ses représentants rencontrent les gouvernements européens. Elle a été créée par un général rebelle qui a enrôlé ses troupes parmi les gens les plus pauvres de Homs, les laissés-pour-compte du régime mafieux syrien. L'Occident leur fait confiance, mais j'ai appris à mes dépens qu'il s'agit aussi d'un groupe assez emblématique d'un phénomène nouveau et préoccupant pour la révolution : l'émergence de bandes de malfrats, comme en Somalie, qui profitent du vernis islamique et du contexte révolutionnaire pour s'emparer de pans entiers du territoire, rançonner lapopulationenlever des gens et se remplir les poches.
LE PREMIER LIEU DE DÉTENTION
Au début, nous avons été détenus dans une maison de campagne aux abords de Qoussair. Nous y sommes restés une vingtaine de jours. Puis est survenu le premier événement terrible de ce que j'appelle la "matriochka" de cette histoire, un événement au sein d'un autre : le Hezbollah a attaqué les positions rebelles et la bâtisse dans laquelle nous nous trouvions s'est retrouvée en première ligne. Elle a été attaquée et bombardée. Nous avons alors été déplacés dans une autre maison, à l'intérieur de la ville. Mais c'était comme si le destin s'acharnait sur nous, ouvrant sans cesse de nouveaux scénarios terribles, nous éloignant toujours plus de la perspective d'une libération.
Domenico Quirico, journaliste du quotidien "la Stampa", habitué des théâtres de guerre, avait été enlevé en Syrie début avril.
Cette maison aussi a fini par être attaquée et, durant une semaine, nous avons été confiés à une brigade djihadiste de Jabhat Al-Nosra. C'est le seul moment où nous avons été traités comme des êtres humains, et même avec une certaine sympathie : par exemple, ils nous ont nourris de ce qu'ils mangeaient eux-mêmes. Les combattants du Jabhat Al-Nosra mènent une vie très simple. Ce sont des guerriers radicaux, des islamistes fanatiques qui ont pour ambition de faire de la Syrie un Etat islamique et de transformer tout le Moyen-Orient, mais en face de leurs ennemis – parce que nous, chrétiens, occidentaux, nous sommes leurs ennemis –, ils ont le sens de l'honneur et du respect. Al-Nosra a beau être inscrite sur la liste des organisations terroristes dressée par les Américains, c'est le seul groupe qui nous ait respectés. Mais nous sommes revenus aux mains d'Abou Omar.
L'EXODE DE QOUSSAIR
La ville était assiégée et se réduisait chaque jour, détruite pierre après pierre. Au début du mois de juin, le Hezbollah était sur le point de la prendre. L'ensemble des différentes factions rebelles (dont la katiba – l'unité – d'Abou Omar) a décidé d'enfoncer les lignes ennemies avec la population pour tenter de fuir dans une autre partie de la Syrie. De façon incroyable, ils ont, nous avons, réussi. Cela a été une épopée extraordinaire et terrible, avec des hommes, des femmes, des enfants, des handicapés et des personnes âgées marchant pendant douze heures, deux nuits consécutives, à travers la campagne. Un groupe de cinq à six mille personnes.
Tout au long de cette marche sur les cailloux, un bruit sourd s'élevait de la foule, comme s'il ne s'agissait que d'un seul et même corps en mouvement. Lorsque les fusées éclairantes lancées par les soldats du régime pour permettre à l'artillerie et aux mitraillettes de les abattre illuminaient la scène, la campagne devenait éblouissante et ces milliers de gens se jetaient aussitôt à terre dans un silence incroyable. Et quand les fusées éclairantes, qui descendent tout doucement, finissaient par s'éteindre au sol, la foule se relevait comme un seul homme, reprenant sa route en laissant derrière elle son chapelet de morts.
PÊCHES VERTES
Au bout de la première nuit, l'armée est parvenue à bloquer notre avancée et tout le monde s'est dispersé dans les vergers et les champs, sans eau ni nourriture, pour attendre une autre nuit et essayer de repartir. Il n'y avait rien à manger. Juste les pêches sur les arbres, qui, en juin, étaient encore loin d'être mûres. Nous en avons écrasé pour manger le cœur et le noyau, qui étaient assez mous.
Parfois quelques vieilles figures homériques s'avançaient seules vers les lignes de l'armée de Bachar, et elles étaient fauchées par les mitraillettes. Mais la chose la plus extraordinaire s'est produite lorsque, au coucher du soleil, toute cette foule s'est arrêtée pour prier. Les hommes d'Abou Omar ont croisé deux kalachnikovs à la tête du convoi des combattants pour entonner une prière guerrière. Un chant modulé s'est élevé au-dessus des champs et des bois pour demander à Dieu la victoire et la mort de leurs ennemis. Après quoi, la foule s'est dirigée droit vers l'ennemi, a enfoncé les lignes et, de façon incroyable, a passé les soldats.
VERS HOMS
Nous sommes descendus vers Homs depuis le haut-plateau. Je me souviensavoir pensé que j'étais en train de rêver, tant la scène était irréelle. Nous avancions de nuit vers cette grande ville, là où la révolution a débuté. Une partie de la cité était déserte, déjà détruite par les bombardements. L'autre était encore habitée, en proie à d'incessants combats. Par un effet d'optique aussi étrange qu'incroyable, l'immense étendue de maisons blanches se reflétait dans le ciel : une partie de la ville, celle en ruines, avait l'immobilité et le silence d'un cimetière, quand l'autre n'était que lumières, rafales, fusées et bruits. Nous avons continué vers la plaine de Homs. Nous marchions entre deux rangées de feu, entourés d'ombres : les gens couraient en baissant la tête car les mitraillettes tiraient à hauteur d'homme, nous trébuchions sur les cadavres, jusqu'à finalement arriver dans une petite ville de ciment, l'une de ces innombrables et affreuses petites villes syriennes, mal construites et approximatives.
TEL ULYSSE
Après cette nuit-là, nous avons été ramenés là où notre voyage avait commencé, un peu comme dans l'Odyssée. Ulysse se dirige vers Ithaque, aperçoit sa maison, son île, là, au loin, mais le Dieu féroce, implacable – le destin – s'acharne et une tempête le repousse loin de chez lui et c'est son châtiment. Il nous est arrivé la même chose. De retour à Reabrook, la ville d'où nous étions partis, nous avons été vendus à Al-Farouq. Le périple a recommencé parce qu'après deux jours, ils nous ont dit que nous irions vers le Nord, à la frontière turque, et que là, nous serions libérés.
Nous avons voyagé deux nuits sur leurs pick-up à travers les montagnes. Les chauffeurs se servaient de temps en temps de jumelles à infrarouges pour vérifier que les militaires ne préparaient pas de guet-apens sur la route. Après une seconde nuit de voyage et de froid assis à l'arrière d'un pick-up, recouverts de poussière, nous avons atteint la zone d'Idleb, où nous avons été retenus encore trois ou quatre semaines sur une base militaire.
Domenico Quirico (second en partant de la droite), journaliste du quotidien "La Stampa" à son arrivée à Rome. Il avait été enlevé en Syrie début avril.
L'APPEL
Pendant l'exode de Qoussair, après le premier jour de marche, Abou Omar m'a fait venir, alors qu'il était assis comme un pacha sous un arbre, entouré de sa petite cour de guerriers. Il voulait que je m'assoie à ses côtés, dans l'intention defaire croire qu'il était notre ami, histoire de tromper un peu les gens qui l'entouraient et qui se demandaient qui pouvaient bien être ces deux occidentaux en haillons et piteux état après deux mois de captivité. Je lui ai demandé son téléphone pour appeler la maison, lui disant que ma famille me croyait sans doute mort et qu'il était en train de détruire ma vie et ma famille. Il riait. Et il me montrait son téléphone en m'expliquant qu'il n'y avait pas de réseau, qu'on ne pouvait pasappeler. C'était faux.
A ce moment-là, un soldat de l'ASL, blessé aux jambes, a sorti un téléphone de la poche de son pantalon et me l'a tendu. C'est le seul geste de pitié que j'aie reçu en 152 jours. Personne n'a manifesté envers moi ce que nous appelons communément pitié, miséricorde, compassion. Même les enfants et les vieux ont essayé de nous faire du mal. Je le dis peut-être en termes un peu trop éthiques mais en Syrie, j'ai vraiment rencontré le pays du Mal. Je n'ai pas réussi à appelerla maison plus de vingt secondes, et après le cri désespéré que j'ai entendu à l'autre bout du fil, on a été coupés.
LA CAPTIVITÉ
Nous étions traités comme des animaux, enfermés dans de petites pièces aux fenêtres closes malgré la chaleur étouffante, jetés sur des paillasses, nourris de leurs restes. De toute ma vie, jamais je n'avais ressenti cette humiliation quotidienne qui consiste à être empêché d'accomplir les choses les plus simples comme aller aux toilettes, à devoir demander et s'entendre toujours répondre non. Je crois qu'ils éprouvaient un vrai plaisir à voir l'occidental riche réduit à l'état de mendiant.
LES TENTATIVES D'ÉVASION
La première fois, à la faveur de l'assoupissement probable de notre gardien, nous sommes sortis de la maison et nous sommes dirigés vers des lumières, pensant qu'il s'agissait de Qoussair.
Nous n'avions pas fait deux cents mètres qu'ils nous ont repris. La seconde fois, en revanche, nous étions dans une autre ville, c'était vers la fin de notre captivité. Nous avons profité de la distraction de nos gardiens, quatre garçons, qui souvent ne prenaient pas garde à leurs affaires le soir, à leurs blousons remplis de chargeurs, à leurs kalachnikovs, qu'ils laissaient traîner près de notre pièce. Nous nous sommes emparés de deux grenades, dans l'intention de nous en servir pour dégager la voie. Je les ai cachées sous un canapé défoncé.
Nous pensions les surprendre, leur dérober un téléphone, appeler chez nous, en Italie, pour être guidés pendant notre évasion. Malheureusement, ou heureusement, parce que je pense qu'une telle tentative m'aurait causé d'énormes problèmes moraux, nous n'avons pu mettre notre plan à exécution. Mais un soir où ils avaient oublié de fermer la chaîne sur la porte de la maison, nous sommes sortis, armés de deux kalachnikovs, et nous sommes partis vers Bab Al-Hawa, à la frontière turque. Je connaissais déjà cette zone pour m'y être rendu en janvier.
RÉDUITS À DES MARCHANDISES
Nous nous sommes cachés dans une sorte de ruine dans la campagne. De nuit, nous avons essayé de traverser la frontière mais le terrain était miné. Nous avons atteint le fil barbelé et dû rebrousser chemin. A l'aide de la kalachnikov, nous avons arrêté un véhicule et demandé au conducteur de nous conduire à un village non loin de là. Mais il y avait un barrage.
Ils nous ont tiré dessus, arrêtés, ramenés dans la maison où nous étions enfermés et rendus à nos geôliers pour nous punir. Lesquels nous ont enfermés pendant trois jours dans un sorte de cagibi avec les mains attachées dans le dos, presque pieds et poings liés. Notre valeur n'était que marchande.
Mais si on détruit la marchandise, on s'expose à ne pas en obtenir le prix qu'on en attend. Nous avions vraiment l'impression de n'être que des sacs de blé, des objets qui n'ont de la valeur que tant qu'ils peuvent être vendus. Ils pouvaient nousrouer de coups de pieds, mais pas nous tuer. S'ils nous avaient trop abîmés, ou définitivement, nous aurions perdu toute valeur marchande. L'horrible loi de l'otage.
LES CHOSES SIMPLES DE LA VIE
Il y a des années, je m'étais entretenu avec Georges Malbrunot, journaliste duFigaro qui a été sans doute l'un des otages les plus célèbres pendant la seconde guerre du Golfe. Je crois qu'il est resté prisonnier environ quatre mois. Il racontait le dépouillement de tout ce qui fait une personne, comme les chaussures, les vêtements...
Moi, je suis resté cinq mois sans chaussures, pieds nus. Pendant cinq mois, ma vie n'a été rythmée que par le lever et le coucher du soleil. Et l'impossibilité d'accomplir toutes les choses dont la vie est faite : marcherbougerrencontrerdes gens, écrire, lireregarder le paysage, rêver de faire des choses que parfois ensuite on ne fait pas. Moi, pendant cinq mois, j'ai perdu tout ce qui faisait monmode de vie, j'ai végété, au sens propre.
Pendant cinq mois, ma vie m'a été dérobée, remplacée par quelque chose d'artificiel, qui consistait pour moi à être un objet et à lutter contre le temps. J'ai découvert le caractère extraordinaire de choses qui semblent aussi anodines qu'un verre d'eau. Ou la contemplation du soleil, parce que nos fenestrons étaient minuscules et que, bien souvent, nous restions dans l'obscurité complète.Marcherparler avec quelqu'un qui ne soit pas toujours mon compagnon de mésaventure. Et heureusement qu'il était là, sinon je serais devenu fou.
LES GEÔLIERS
Ils appartenaient à un groupe qui se prétend islamiste mais qui, en réalité, est composé de jeunes déséquilibrés qui sont entrés dans la révolution parce que, désormais, la révolution, c'est ces groupes à mi-chemin entre banditisme et fanatisme.
Ils suivent celui qui leur promet un avenir, qui leur donne des armes, de la force, de l'argent pour acheter leurs téléphones, leurs ordinateurs, leurs vêtements. La marque Adidas est très répandue en Syrie, tout le monde porte des T-shirts Adidas, des chaussures Adidas, on dirait presque qu'ils sont sponsorisés. Ces jeunes gens mènent une vie communautaire, sans femme ; ils ne font rien et passent leurs journées allongés sur des matelas à boire du maté. Je croyais que c'était une habitude spécifique à l'Amérique du Sud, mais c'est très courant dans certaines parties de la Syrie.
Ils fument aussi des Malboro américaines importés de Turquie. Moi qui ne fume ni ne bois, j'avais l'air plus islamique que la plupart d'entre eux. Ils regardaient la télévision mais les informations ne les intéressaient absolument pas. Ce qu'ils aimaient bien, en revanche, c'était les petits films vaguement osés diffusés par la télévision qatarie, les vieux films égyptiens à l'eau de rose des années 1950 en noir et blanc et les spectacles de combat, le catch américain ou cette terrible forme de lutte pratiquée dans les pays arabes où tous les coups sont permis...
LES SIMULACRES D'EXÉCUTION
Par deux fois, ils m'ont fait croire qu'ils allaient m'exécuter. Nous étions près de Qoussair. L'un d'eux s'est approché de moi avec son pistolet, m'a montré que l'arme était chargée puis, mettant ma tête contre le mur, il a approché le canon de ma tempe. Interminables instants pendant lesquels tu as honte... je me souviens du simulacre d'exécution de Dostoïevski... il te monte une telle colère parce que tu as peur... tu sens respirer l'homme à côté de toi, son plaisir palpable de tenir la vie d'un autre entre ses mains, de ressentir ta peur, et c'est contre ta peur qu'alors tu enrages. C'est un peu comme lorsque les enfants, qui sont souvent si cruels, arrachent la queue des lézards ou les pattes des fourmis. La même férocité.
LES TRACTATIONS
Pour se moquer de nous, nos geôliers nous lançaient de temps en temps "dans deux ou trois jours, peut-être une semaine, vous serez libres, de retour en Italie"pour se délecter ensuite de notre désespoir... lorsqu'ils ajoutaient "Inch'Allah", leur façon à eux de mentir sans en avoir l'impression, "Inch'Allah", "si Dieu le veut"... Ils disaient tout le temps "bukrah", qui signifie demain... mais le lendemain, personne ne partait. Un jeu vraiment cruel, mais les derniers temps, lorsqu'ils jouaient à ce petit jeu avec nous, nous leur répondions à notre tour : "Inch'Allah" pour qu'ils sachent que nous avions compris. A la fin, dimanche, j'ai senti que cette fois, c'était la bonne.
Nous avons traversé quasiment tout le pays, peut-être dans le but de brouiller les pistes, jusqu'à Deir ez-Zor, dans le grand désert syrien. Nous avons fait halte dans une ville dont je ne connais pas le nom et puis nous sommes retournés d'où nous venions par la même route. Une sorte de diversion.
Et nous avons été libérés. Cette fois, aucun "Inch'Allah" qui vaille. Ils nous ont faitdescendre des voitures de l'autre côté de la frontière, nous intimant de marcher. J'avoue avoir pensé qu'ils allaient nous tirer dans le dos, il faisait sombre, c'était la nuit, dimanche avant l'aube. J'ai songé que si j'entendais le bruit du chargeur, je me jetterais au sol. J'étais sûr qu'il m'auraient tué, nous avions vu leurs visages, nous connaissions leurs noms. Mais personne n'a chargé de kalachnikov. Et j'ai entendu des voix italiennes. Inch'Allah, cette fois, c'était bien la bonne.
LES LIVRES
Je voyage toujours avec des livres, et je leur sacrifie volontiers trois T-shirts de rechange dans mes bagages. Cette fois, j'en avais emporté quatre. Deux d'un auteur aujourd'hui malheureusement oublié, Erich Maria Remarque, deux titres peut-être un peu mineurs, Un temps pour vivre, un temps pour mourir, et Après,qui raconte le retour de quelques rescapés allemands à la fin de la première guerre mondiale. Un peu le symbole pour moi de ce chemin du retour que je ne parvenais pas à trouver. Et puis Les Nus et les morts de Norman Mailer et Crime et châtiment de Dostoïevski.
Je les ai lus et relus. Je peux vous parler de tous les personnages, les réciter en partant de la fin. Ils ne m'ont pas quitté, où que j'aille, et au prix d'une fatigue certaine, car ils pesaient lourd, j'ai marché avec eux deux nuits et deux jours durant la retraite de Qoussair. Le dernier jour, ils me les ont confisqués. Les livres nous parlent. Mais il y a eu un long moment où ils ne me parlaient plus, où les mots, les histoires, les personnages filaient devant mes yeux... Si je fais d'autres voyages de ce genre, j'emporterai toujours La Recherche de Proust, Don Quichotte de Cervantes, des livres longs, très longs... ça aide.
LA FOI
Cette expérience est remplie de Dieu. Pierre Piccinin [le compagnon de captivité de Domenico Quirico] est croyant. Je le suis aussi. Ma foi est très simple, c'est celle de mes prières d'enfant, des prêtres que je croisais alors, pédalant vers leurs petites paroisses chaussés comme des ouvriers, leur sacoche attachée à leur vélo. Ils allaient porter l'extrême onction, bénir les maisons, avec la foi de Bernanos, simple mais profonde. Ma foi, c'est de me donner, je ne crois pas que Dieu soit un supermarché, où on va demander à peu de frais la grâce, le pardon, un service. Avoir la foi m'a aidé à résister.
Notre histoire, c'est celle de deux chrétiens dans le monde de Mahomet et de la comparaison entre deux fois différentes : la mienne, simple, faite de don de soi et d'amour, et la leur, qui est faite de rituels. J'avais aussi avec moi un de mes carnets où j'écrivais chaque jour ce qui s'était passé. Je l'avais presque fini, il ne restait que deux pages. Le dernier jour, ils me l'ont pris. Il m'a surtout servi à tenirle compte des mois, des jours, parce que si on perd le sens du temps, on sombre dans un puits d'où on ne ressort pas.
Domenico Quirico (traduit de l'italien par Florence Djibedjian)


Sous la Syrie, le Hezbollah.

Sous la Syrie, le Hezbollah ; ou la lutte souterraine entre Bandar, le capo di capo de contre-révolution arabe, et Hassan Nasrallah, le «seigneur de la résistance».
René Naba | 08.09.13 | Paris
«Il ne saurait y avoir de victoire politique possible sans une victoire culturelle préalable» (Antoine Gramsci).
Légende: «De Gaza, un salut au seigneur de la résistance libanaise, Sayyed Hassan Nasrallah» (Journal libanais Al Akhbar 04.O9.13/
Paris-Sous la Syrie, le Hezbollah. Tel est l’objectif sous-jacent de la stratégie saoudo américaine dans la nouvelle épreuve de force contre le pouvoir baasiste suscitée par la controverse sur l’usage des armes chimiques en Syrie. Cauchemar de l’Occident, bête noire des Saoudiens et des Israéliens, le Hezbollah fait l’objet d’une manœuvre d’étranglement visant à neutraliser la seule structure arabe à tenir tête tout à la fois aux Etats-Unis, à Israël et à la dynastie wahhabite.
Le seul à constituer une menace directe pour Israël en ce qu’il est seul acteur arabe disposant d’une base opérationnelle limitrophe d’Israël, à l’exception de la Syrie, hors service du fait d’une guerre intestine, et du Hamas, en phase d’égarement révolutionnaire dans la foulée de son ralliement aux pétromonarchies du Golfe et l’installation de son quartier général à Doha (Qatar), à 30 km de la base américaine du Centcom.
Des trois partenaires de l’axe de la contestation à l’hégémonie israélo-américaine (Iran, Syrie, Hezbollah), l’axe subliminale du mal dans la stratégie atlantiste, le 3me acteur présente le meilleur rendement en terme de rapport qualité prix, la meilleure rentabilité opérationnelle en terme d’efficacité en ce que l’Iran (80 millions d’habitants, puissance du seuil nucléaire et autonome géographiquement) constitue un aléa stratégique pour une attaque occidentale et la Syrie, un aléa politique, pour les multiples répercussions que l’effondrement du pouvoir d’état pourrait entrainer pour son environnement.
L’anéantissement politique ou militaire du Hezbollah figure dans toutes les démarches de la diplomatie occidentale depuis le début du soulèvement populaire en Syrie. Cela est si vrai que la première proclamation officielle du premier chef de l’opposition syrienne off-shore, l’universitaire franco syrienne Bourhane Ghalioune, a porté sur la première mesure symbolique qu’il prendrait au début de son mandat présidentiel, à savoir la rupture des relations stratégiques avec le Hezbollah et de la relation spéciale de la Syrie avec l’Iran.
La déclaration de Bourhane Ghalioune a plongé dans une profonde consternation ses parrains français en ce qu’elle a révélé prématurément les objectifs sous-jacents de la campagne de Syrie. Cet engagement a été consigné dans le protocole de Doha, la plateforme politique de l’opposition, signée en Novembre 2012, sous la pression du Qatar qui prévoit en outre de recourir à la négociation politique pour récupérer le plateau du Golan occupé par Israël depuis 1967. Autrement dit, un enterrement discret du contentieux syro israélien en ce qu’il implique la renonciation à la guerre et la reconnaissance d’Israël, sans préjuger du résultat final des négociations syro-israéliennes. Un schéma identique au processus israélo-palestinien avec ses aléas identiquement dilatoires.

1 La branche militaire du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes de l’Union Européenne.

L’inscription de la branche militaire du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes de l’Union Européenne, en juin 2013, de même que la fixation de la date d’ouverture du procès des meurtriers présumés de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri, au 13 janvier 2014, relève de cette manœuvre d’étranglement. Elles tendent, par leur programmation, à dresser un nœud coulant visant sinon à sa strangulation à tout le moins à placer de la formation politico-militaire, sur la défensive en prévision de son implosion.
La criminalisation du Hezbollah, à tout le moins sa branche militaire a été faite sur la base de cette responsabilité présumée ou virtuelle dans un attentat en Bulgarie. L’attentat à la bombe a fait six morts, dont cinq Israéliens, en plus du kamikaze, l’été 2012, à Bourgas au bord de la mer Noire. « L’attentat de Bourgas a été commis sur le sol européen contre un membre de l’Union européenne. Nous espérons que les Européens en tireront les conclusions qui s’imposent quant à la véritable nature du Hezbollah », précise le communiqué européen.
La peur du terrorisme islamiste sur le Vieux Continent est inversement proportionnelle à sa réalité. Tel est, à tout le moins, l’un des enseignements de la première enquête sur le sujet de l’agence Europol. Selon le rapport Europol 2010 sur le risque terroriste dans l’Union Européenne, sur 611 interpellations de terroristes effectuées, 219 (soit 35 %) sont dues à la France. Contrairement à une idée répandue, la majorité de ces 219 arrestations ne concernent pas des islamistes (94 arrestations dont 14 cas ont fini devant les tribunaux français) mais des séparatistes, en premier l’ETA, l’organisation, séparatiste basque.
De surcroit, comparaison n’est pas raison, mais force est de relever que la pénalisation du Hezbollah ne s’est accompagnée d‘aucune poursuite pour incitation à la haine raciale à l’encontre Yat Beor, théoricienne d’Eurabia, marraine idéologique de Andrei Brevjik, le tueur d’Oslo, le plus sanglant attentat de la décennie 2010 en Europe, ni du moindre rappel à l‘ordre, même amical, à l’Arabie saoudite, dont quinze ressortissants ont participé au raid du 11 septembre 2011, contre les symboles de l’hyperpuissance américaine, qui fait près de trois mille morts.

2 – La levée de boucliers des journalistes contre le fonctionnement du Tribunal Spécial sur le Liban.

Le Tribunal spécial pour le Liban, en charge d’identifier et de juger les assassins présumés de l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri, a fixé la date d’ouverture du procès au 13 janvier 2014, précisant que cette date pouvait « être modifiée en fonction des nécessités de la procédure ».
L’ouverture des travaux du Tribunal avait été fixée au 10 janvier 2013, date de l’implosion du gouvernement de Saad Hariri, héritier politique du milliardaire libano-saoudien. Son report d’un an, au 13 janvier 2014, viserait à coïncider avec la campagne pour l’élection d’un nouveau Président de la République libanaise ou à la reconduction du mandat du titulaire, le Général Michel Sleimane, alors que le Liban est sans gouvernement depuis près d’un an. La programmation des travaux du tribunal international répondrait à une fonction dissuasive, telle une épée de Damoclès suspendue sur la tête de la coalition hostile au camp saoudo-occidentale, de manière à peser sur les tractations politiques en faveur du clan Hariri, dont le chef Saad, homme lige des Saoudiens est en pleine déconfiture financière, absent du pays depuis deux ans.
Le fonctionnement du tribunal spécial sur le Liban a été émaillé de nombreuses irrégularités, mais les quatre affaires qui ont porté un coup irrémédiable à sa crédibilité sont l’arrestation arbitraire de quatre officiers de l’armée libanaise, la déposition d’une dizaine de faux témoins commandités par le clan Hariri, ainsi que la corruption de certains enquêteurs internationaux et la présence d’un fort contingent d’agents des services américains et britanniques parmi les enquêteurs (1).
La démission d’une dizaine de membres de cette juridiction internationale a achevé de la discréditer, accréditant l’idée d’un procès politique sous habillage juridique. Devant tant de dérives, une cinquantaine de journalistes accrédités auprès de la Juridiction ont publié un manifeste dénonçant la désinvolture de l’institution à leur égard, les manipulations dont ils font l’objet, de même que le cours de l’enquête, laissant apparaitre le Tribunal comme un pantin aux mains des Américains. Cf. A ce propos l’article du journal libanais «Al-Akhbar» intitulé «Le tribunal en voie d’effondrement» http://www.al-akhbar.com/node/180980
Rafic Hariri était un ancien premier lorsqu’il a été assassiné, de même que Benazir Bhutto, au Pakistan. Le libanais sunnite a eu droit à un tribunal international et pas la pakistanaise chiite, ni les assassins des dirigeants progressistes tunisiens sous le magistère du parti néo-islamiste An Nahda, Chokri Belaid et Mohamad Brahmi. Sur le plan proprement libanais, le prédécesseur libanais de Rafic Hariri, Rachid Karamé (Tripoli), a été assassiné, lui, dans l’exercice de ses fonctions de premier ministre, sans bénéficier de l’attention de la justice internationale. De surcroît, le statut de Rome a été ratifié le 17 juillet 1998 habilitant la Cour Pénale Internationale à se saisir des «crimes contre l’humanité, crimes de génocide et des crimes de guerre». Il n’a pas qualité pour les crimes individuels. Il n’a été ratifié ni par les Etats-Unis, ni par Israël, les deux pays les plus impliqués, paradoxalement, dans le fonctionnement du Tribunal Spécial sur le Liban.
L’internationalisation d’un crime interne, s’agissant de l’assassinat d’une personnalité n’exerçant aucune responsabilité internationale, et d’un crime commis sur le territoire d’un état souverain dont la victime en est le ressortissant, de même que l’instrumentalisation de cette justice à des fins politiques, placent le Liban sous un mandat de facto des puissances occidentales, à la merci d’un chantage permanent. La cause de la justice internationale est-elle servie par une falsification permanente des preuves? Par une violation permanente des lois du pays hôte en ce que le Tribunal a été institué au mépris des procédures constitutionnelles du Liban sans approbation du président de la république, seule autorité habilitée à ratifier les conventions internationales, sans approbation du conseil des ministres, ni ratification par le parlement?

3 – Les manipulations de l’opinion

De l’incident du Golfe de Tonkin en 1972 pour justifier l’extension américaine de la guerre du Vietnam à Hanoi, en 1972, à la couveuse d’une maternité koweitienne saccagée par les troupes de Saddam Hussein pour promouvoir une coalition internationale anti Irak, en 1990, à l’éprouvette de Colin Powell pour justifier l’invasion américaine de l’Irak, en 2003, les Occidentaux, habiles manouvriers de la guerre psychologique, sont coutumiers des manipulations de l’opinion au point de disposer d’un rôle prescripteur d’une opinion occidentale militarisée par les campagnes d’intoxication répétitives des grands vecteurs d’information. En témoignent, dans le cas d’espèce, deux ténébreuses affaires.

A- La mystérieuse interview du «Time»

Se superposant à l’affaire des faux témoins du procès Hariri, le summum de la sophistication dans la guerre psychologique menée par les pays occidentaux pour déstabiliser le Hezbollah, a été la mystérieuse interview publiée par la revue américaine «Time» d’un des quatre inculpés, proclamant son innocence, assurant qu’il se trouvait au Liban et que s’il avait été reconnu coupable, le Hezbollah l’aurait déjà remis à la Justice internationale. Le journal An Nahar, volant au secours de la stratégie américaine, lui emboité le pas, en indiquant que la personne qui avait été interviewée n’est autre Hussein Ouneissi, alors que Nicolas Blanford, le correspondant du Time à Beyrouth, démentait avoir effectué l’interview. Le journaliste américain, grand spécialiste du Hezbollah, a assuré qu’il s’est borné à commenter les propos du soi-disant inculpé sur la base d’un texte fourni par la direction du Times sans en connaitre sa provenance.

B- Imad Moughnieh et la responsabilité des attentats du 11 septembre 2001

Une mise en scène pour camoufler les informations procurées de sources israéliennes? Fait surprenant, Imad Moughnieh, chef de la branche militaire du Hezbollah, tué par une explosion à la voiture piégée à Damas, en 2008, ainsi que l’Iran, ont été mis en cause dans les attentats du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyperpuissance américaine. Le spécialiste des affaires du renseignement du journal israélien Yedioth Aharonoth, Ronine Bergman a soutenu cette thèse samedi 26 août 2011 dans une déposition faite devant un tribunal du district de Manhattan. Se référant à des responsables du renseignement américain, le journaliste israélien a affirmé qu’Imad Moughnieh aurait personnellement assuré la livraison des explosifs aux auteurs du raid.
Information surréaliste pour quiconque connait l’animosité que portent les salafistes wahhabites à l’ égard de la formation, alors qu’il est de notoriété publique que quinze saoudiens ont participé au raid destructeur. Curieux cheminement que cette information qui reviendrait à imputer la responsabilité des attaques du 11 septembre aux Chiites et à blanchir rétrospectivement les Sunnites, particulièrement les sunnites alliés de l’Amérique, les adversaires implacables tant de l’Iran que des chiites, qu’ils considèrent comme des parias de l’Islam, alors que les Etats-Unis ont envahi l’Afghanistan précisément pour châtier les Taliban de cette opération, de même que l’Irak laïc pour sa connivence supposée avec Al Qaïda, enfin le Pakistan pour l’élimination du chef d’Al Qaida, Oussama Ben Laden. Doublement curieux le cheminement que cette information qui consiste à confier à un ancien responsable des services de renseignements israéliens de charger l’Iran et le Hezbollah en se référant à des anciens responsables de la CIA. Que n’a-t-on cité directement les responsables américains, sans s’abriter derrière les Israéliens?
Pourquoi une telle révélation si tardive ? Pourquoi avoir attendu dix ans pour révéler une information explosive détenue par les Américains eux-mêmes ? S’agit-il de déblayer la voie à une nouvelle campagne de diabolisation de «l’axe du mal» en vue de détourner l’attention sur la question palestinienne, en pleine offensive diplomatique pour la reconnaissance de l’Etat de Palestine à l’ONU. Les instances judiciaires de Manhattan paraissaient répondre aux mêmes motivations que le Tribunal spécial sur le Liban, mettant en cause le Hezbollah dans l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri sur la base des relevés des données téléphoniques, sans tenir compte du fait que le réseau libanais des télécommunications était infesté des taupes israéliennes y compris au sein de la hiérarchie militaire libanaise et des services de sécurité.

C- Le Hezbollah, rival de Pablo escobar, le baron de la drogue latino-américaine et le projet éditorial d’Yves Mamou.

Récidivant le lendemain, le Yedioth Aharonoth, toujours en phase d’inspiration aigue, faisait état de l’installation d’une base de Hezbollah à Cuba, pour servir de tête de pont au déploiement du mouvement chiite pour l’observation et le repérage des activités américaines et israéliennes dans la zone des Caraïbes. D’autres informations de presse présentaient le Hezbollah comme le rival de Pablo Escobar, le baron de la drogue latino-américaine, le principal narco trafiquant sur l’axe Amérique latine-Afrique.
Prescience ou Omniscience? Fuite téléguidée ou journalisme en service commandé? Ou plus simplement l’effet de la sérendipité? La mise en cause du Hezbollah dans l’assassinat de Rafic Hariri a fuité dans la presse internationale (Der Spiegel, le Figaro), bien avant l’incrimination des supposés meurtriers. La télévision israélienne, luxe de précision, en révélera l’identité des prévenus potentiels le jour même d’une rencontre au sommet entre le président syrien Bachar Al Assad et le Roi Abdallah d’Arabie, le 30 juillet 2011, à Beyrouth en vue d’aplanir leurs différends sur le Liban.
Prescience ou Omniscience? Fuite téléguidée ou journalisme en service commandé? Ou plus simplement l’effet de la sérendipité? Comme en écho aux accusations israéliennes, le journaliste français Yves Mamou a programmé la sortie d’un livre «une longue cuillère pour le diable», sur le rôle du Hezbollah dans le narcotrafic vers l’Afrique, en janvier 2014, date présumée de l’ouverture du procès Hariri. Sans doute alimenté par des informations des services israéliens ou frappé de strabisme divergent, le journaliste ce faisant, a occulté le rôle souterrain d’Israël dans la criminalisation du Hezbollah et le contournement des pays arabes via l’Afrique.
Le démantèlement d’un important réseau israélien en Tunisie, en 2012, relève de cette stratégie, dont l’objectif à terme est d’aménager la principale base opérationnelle du Mossad au Maghreb, dans ce pays en pleine transition politique, à la charnière de l’Afrique et de l’Europe, jadis chasse gardée occidentale. Le voyage en Israël des dirigeants du fantomatique gouvernement kabyle en exil, Ferhat Mehenni (président) et Lyazid Abid (ministre des affaires étrangères), dans la foulée du voyage d’intellectuels du Maghreb, Boualem Sansal (Algérie), Hassan Chalghoumi (Tunisie) et Nadia El Fanni (Tunisie), ne relèvait pas du hasard. Sous couvert de «dialogue des religions», il participait d’une opération de débauchage de personnalités médiatiques en vue d’en faire des relais potentiels dans la guerre psychologique que mène clandestinement Israël dans la déstabilisation de cette zone, en pleine turbulence politique…. En superposition au harcèlement israélien des communautés libanaises d’Afrique, particulièrement au Nigeria et au Sierra Leone, en vue d’assécher, d’une part, le flux financier provenant des émigrés chiites vers leurs coreligionnaires du sud Liban et de fragiliser, d’autre part, le glacis constitué par l’immigration chiite libanaise en Afrique face à la colonisation rampante des terres entreprises par Israël en Afrique, de l’ordre de 20 fois la superficie de la Palestine.
Pour le lecteur arabophone, CF. La Tunisie, plateforme du Mossad au Maghreb du journal libanais « Al Akhbar». http://www.al-akhbar.com/node/166000
Sur le jeu d’Israël en Afrique et la colonisation des terres africaines: http://www.renenaba.com/le-jeu-de-la-france-defense-du-pre-carre-en-tandem-avec-israel/
Et le jeu du Mossad au Nigeria http://www.al-akhbar.com/node/190431

4-Bandar versus Nasrallah: La lutte finale entre le «prince du Djihad» et «le Seigneur de la résistance».

Le Hezbollah est avec le Hamas les deux organisations arabes inscrites sur la liste noire de l’Union européenne, alors que Jobhat an Nosra en est dispensée sans doute en raison du fait que la formation salafiste opérant en Syrie sur la base d’un financement saoudien ne se préoccupe guère de la Libération de la Palestine. Mais par rapport au Hamas, le Hezbollah dispose d’un avantage comparatif incontestable en termes de crédibilité dissuasive en ce que le Hezbollah est la seule instance arabe à proclamer son attachement effectif au combat pour la libération de la Palestine, matérialisé par ses combats contre Israël et son attachement à la célébration de la journée mondiale d’ «Al Qods», commémorée chaque année le dernier vendredi du mois de Ramadan, en l’absence de la moindre participation sunnite, alors que la Palestine est dans sa très grande majorité peuplée de sunnites et d’une minorité chrétienne arabe, dont la population ne comporte aucun chiite, et que la responsabilité de la défense des Lieux Saints Musulmans incombe aux vingt pays arabes qui se réclament du sunnisme, la branche majoritaire de l’Islam.
Alors qu’Israël parachève la phagocytose de la Palestine, démarche ultime avant l’estocade finale, la reconnaissance d’Israël comme «Etat Juif», verrouillant ainsi toute revendication future des Palestiniens à un hypothétique «Droit au retour» sur la terre de leurs ancêtres, le Hamas s’est curieusement engagé dans le combat anti Assad, plutôt que de se lancer à la reconquête de sa terre natale, la Palestine, en un tragique dévoiement de sa stratégie.

A- Bandar, le capo di capo de la contre-révolution arabe

Fruit d’une copulation ancillaire du Prince Sultan Ben Abdel Aziz, l’ancien «Great Gatsby» de la vie diplomatique américaine s’est imposé comme l’homme fort du Royaume du fait de la maladie d’une large fraction de l’équipe dirigeante frappée de pathologie handicapante, que cela soit le Roi Abdallah d’une lourde cardiopathie que le prince héritier Salam, atteint d’Alzheimer, voire même le ministre des Affaires étrangères Saoud Al- Faysal.
Intronisé par le général David Petraeus, en personne, avant que l’ancien chef du renseignement américain ne soit emporté par un jeu de galipettes inconsidérées, une affaire d’embedded à l’américaine, Bandar passe pour être le nouvel homme providentiel de la stratégie saoudo américaine, et, pour beaucoup d’observateurs occidentaux cités par le journal néo conservateur «The Wall Street Journal», l’ancien «Great Gatsby» de la vie diplomatique américaine, le Bandar Bush par excellence, l’homme des rétro commissions des transactions militaires saoudiennes, du retentissant scandale Tornado pourra réussir là où la CIA a échoué, avec ses cargaisons ininterrompus d’armes, d’argent et sa capacité de mise sous tutelle des combattants islamistes(…) Un combattant expérimenté apte à créer les conditions de la chute d’Assad», soutient le Wall Street Journal a propos de Bandar, selon «Al Qods Al Arabi» en date du 29 Août 2013.
Face à l’enlisement du conflit syrien, aux dérives djihadistes en Libye et en Tunisie, à la montée en puissance des Frères Musulmans en Egypte, l’Arabie saoudite a repris le commandement des opérations imposant un pro saoudien à la tête de l’opposition off- shore syrienne, Ahmad Jarba, un chef de tribu appartenant à la même confédération tribale que le Roi Abdallah, le clan Al-Shammar, épaulant l’armée égyptienne à évincer le néo-islamiste Morsi de la tête de l’état égyptien, imposant un prince à demeure en Jordanie, pour le financement et le ravitaillement de l’opposition syrienne off-shore.
Depuis le début des soulèvements arabes, l’Arabie saoudite a réussi à constituer une majorité de blocage des monarchies arabes au sein de la Ligue arabe, avec l’apport de deux confettis de l’Empire français, l’enclave militaire franco américaine de Djibouti et les Comores, mis en échec la contestation anti monarchique à Bahreïn et évincé néo islamiste égyptien Mohamad Morsi, une menace à l’ordre monarchique héréditaire islamique. Elle s’emploie à exclure le Hezbollah du futur gouvernement libanais, en voie de constitution depuis six mois.

B – Nasrallah versus Bandar: 4-0

Mais le sauveur suprême de l’Occident et de l’Islam wahhabite présente un piètre bilan dans sa confrontation avec le Hezbollah. Par quatre fois, Bandar mordra la poussière face Hassan Nasrallah. En 2006, où la riposte balistique victorieuse du Hezbollah libanais face à l’aviation israélienne, de même que la destruction du navire amiral de la flotte israélienne, ont semé la consternation dans le camp saoudo américain, fragilisant l’héritier politique du clan Hariri.
En 2007, avec la neutralisation du camp palestinien de Nahr el Bared, (Nord du Liban), dont le chef de file des djihadistes Chaker Absi, à la solde de l’Arabie saoudite, voulait en faire une zone de non droit, en vue de parasiter le Hezbollah sur son arrière garde. En 2008 avec l’affaire du réseau des transmissions stratégiques du Hezbollah qui s’est soldée par une capitulation en rase campagne de ses adversaires, particulièrement le chef druze Walid Joumblatt, à l’époque le fer de lance du clan Hariri. Enfin en 2013, en Syrie, en complément de la perte considérable représentée par l’assassinat de sa dague sécuritaire, le capitaine Wissam Hassan, chef de la section des renseignements des forces de sécurité intérieure libanaise, dynamité trois mois après la décapitation de la hiérarchie militaire syrienne.
Dernier intervenant sur le champ de bataille syrien, après les escouades de djihadistes de Tchétchénie à la Tunisie en passant par la Belgique le Kosovo et la France, de même que les Moudjahidines Khalq, formation de l’opposition iranienne islamo marxiste, et le clan Hariri, le Hezbollah a opéré un retournement spectaculaire de la situation à Qoussayr, renversant le cours de la bataille de Syrie. «Par ses brillantes performances non seulement à Qoussayr, à Lattaquieh et Homs, mais aussi dans sa contribution à la défense de la base aérienne de Ming, assiégée dans le Nord de Syrie, Hassan Nasrallah a bien mérité le titre de «Seigneur de la résistance», admettra Mohamad Hassanein Heykal, l’ancien confident de Nasser.
CF. I-Nasrallah, Le seigneur de la résistance par Mohamad Hassanein Heykal http://www.al-akhbar.com/node/190273
Invincible à ce jour, artisan de deux dégagements militaires israéliens du Liban sans négociation ni traité de paix, ferme soutien du Hamas face aux offensive israéliennes, le Hezbollah demeure, n’en déplaise aux esprits chagrins, le phénomène majeur politico-militaire de l’histoire arabe contemporain.
En comparaison, le Hamas, unique mouvement de libération nationale de confession sunnite, a déserté la Syrie après 16 ans d’hospitalité, par alignement sectaire, pour installer son QG à Doha à 35 km de la base du Centcom, la plus importante base du tiers monde des Etats-Unis, le protecteur d’Israël, la caution de tous les assassinats extrajudiciaires des pères fondateurs du mouvement palestinien. Beaucoup lui savent gré de ce repositionnement. Mais en juger de la fureur de la branche militaire du mouvement, beaucoup le déplore fortement, comme en témoignent les pourparlers intensifs menés à Téhéran, fin juillet, entre le Hamas et ses deux anciens alliés chiites, l’Iran et le Hezbollah pour restaurer une collaboration stratégique. Songeons au sort respectif du Vietnam et de la Palestine. L’un réunifié par la force de la volonté, l’autre pulvérisée par la force de la désunion et de la servilité.

5 – Le remake du duo franco-américain de 1982

Depuis la chute du Chah d’Iran en 1979, six armadas occidentales ont été dépêchées face aux pays de la zone (face à Beyrouth, en 1982, dans le Golfe lors de la guerre des pétroliers entre l’Irak et l’Iran, Face à l’Irak, en 1990, de nouveau face à l’Irak, en 2003, face à l’Iran en 2007, puis de nouveau face aux cotés libanaises et syriennes en 2013). Cobelligérant de l’Irak contre l’Iran, la France et les Etats Unis en avaient lourdement pâti en termes de représailles terrestres avec le double attentat du Drakkar (PC français) et du Quartier Général des Marines, faisant près de 400 morts, ainsi que l’assassinat de l’ambassadeur de France au Liban, Louis Delamare, et deux autres attentats contre l’ambassade américaine à Beyrouth, décapitant l’Etat-Major de la CIA au Moyen-Orient.
Chef de file de la nouvelle coalition en gestation, les Etats Unis et sa roue dentée française, en un remake du duo franco-américain de 1982, paraissent avoir tirés les enseignements de la précédente expérience, en préconisant contre la Syrie non pas un châtiment céleste, mais une punition aérien, s’imaginant pouvoir, par ce subterfuge, s’épargner des représailles terrestres. Un châtiment qui engloberait rétrospectivement le passif de 1982. Delamare, Drakkar and Co. Une vengeance en somme.
En 1982, lors du siège de Beyrouth, Saoud Al Faysal, l’inamovible chef de la diplomatie saoudienne, se réjouissait que les Israéliens, en faisant le siège de Beyrouth, débarrassent de ses «voyous» la capitale rebelle libanaise, et Alexander Haig, secrétaire d’Etat de Ronald Reagan, se félicitait que le port de Beyrouth demeure «sous contrôle de à l’Occident». Si le camp contestataire à l’hégémonie israélo américaine, la Chine et la Russie ont perdu deux de leurs ravitailleurs pétroliers à la faveur du «printemps arabe», La Libye et le Soudan, l’Occident, lui, a perdu le monopole de la navigation dans la Méditerranée avec l’installation d‘une base russe à Tartous et la présence de la balistique du Hezbollah, l’ombre portée de l’Iran, sur les rives libanaises de la Méditerranée, plaçant les bâtiments de la flotte atlantiste à portée de leurs missiles.
Trente ans après, le beau-frère de Saoud al Faysal, le ténébreux Bandar, se lance à la chasse des renégats de l’Islam, dans une bataille décisive contre celui qu’il désigne comme son principal ennemi, non pas Israël, mais la Syrie et son allié indéfectible, le Hezbollah, un mouvement libanais, chiite certes, mais tout autant un mouvement musulman et arabe.
Alors que le pape François prie et jeûne pour la paix en Syrie, le prédicateur atlantiste, le millionnaire egypto-qatariote, Youssef Al Qaradawi, le prédicateur atlantiste implore les Américains de bombarder la Syrie, signe indiscutable d’un dérèglement moral.
Le vœu secret des Occidentaux est qu’une des «bombes intelligentes» de l’armada atlantiste ne projette dans l’au-delà un homme qui leur a tenu la dragée haute depuis deux ans, mis un terme à l’unilatéralisme américain en vigueur sur la scène internationale depuis deux décennies avec le double véto russo-chinois au Conseil de sécurité, infligeant un magistral camouflet à l’ensemble de la diplomatie occidentale, et révélé, enfin, par défaut, les turpitudes de l’opposition qui se propose de prendre sa relève.. Du cannibalisme, à la prédation des pubères syriennes, au djihadisme erratique, au démantèlement du site chrétien de Maaloula, une cité antique de la banlieue de damas, parlant araméen, la langue du Christ.
De par sa subite programmation, le ciblage de la Syrie apparait d’ailleurs rétrospectivement comme un dérivatif à la déconfiture de la diplomatie occidentale en Egypte, en ce qu’il offre la possibilité d’éviter un affrontement avec l’Arabie saoudite, principal souteneur du putsch militaire égyptien, en promouvant une convergence saoudo occidentale sur leur ennemi commun, la Syrie, déjà abondamment diabolisée par les médias occidentaux.
Dans ce combat au flou contour, aux gesticulations tonitruantes, aux résultats aléatoires, un double constat s’impose:
-Sous peine d’implosion, sous peine d’anéantissement de l’axe de la contestation à la Pax israélo-américaine, le Hezbollah ne saurait souffrir la moindre défaite. Sous peine de marginalisation du cercle dirigeant saoudien, sous peine de discrédit définitif de sa personne et de son Royaume, Bandar, lui, ne saurait souffrir un nouveau revers.
L’histoire retiendra de cette séquence un Hezbollah, promu au rang de phénomène politico-militaire majeur de l’histoire arabe contemporaine, avec, en contrechamps, une Arabie saoudite, le principal ravitailleur énergétique de l’économie occidentale, le principal exportateur du djihadisme erratique et ses excroissances métastasiques (Al Qaida, Jobhat An Nosra), la plus formidable machine autodestructrice des Arabes, sans la moindre concession sur la Palestine.

Références

1-TSL Hariri: Dans une allocution télévisée dimanche 3 juillet 2011, Cheikh Hassan Nasrallah a fait diffuser une séquence vidéo montrant un des enquêteurs internationaux, l’Allemand Gerhard Lehman, vice-président de la commission d’enquête monnayant ses informations, en train d’empocher une somme d’argent. Daniel Bellemare, de son côté, a personnellement œuvré à la levée de la Note rouge placée sur Mohammad Zouheir Siddiq auprès d’Interpol, annulant ainsi les poursuites engagées contre lui en sa qualité de «faux témoin» du procès. Ancien garde de corps d’un opposant notoire au régime de Damas, le général Rifa’at Al Assad, propre oncle paternel du président Bachar al Assad, Siddiq résiderait au Caire sus la protection des services égyptiens. Les notes Wikileaks ont révélé des rencontres périodiques entre les enquêteurs internationaux et l’ambassade américaine à Beyrouth visant à obtenir des instructions sur le cheminement de l’enquête.
Un panel d’enquêteurs en rapport avec la CIA
-Robert Baer, conseiller du procureur, spécialiste des affaires islamiques, ancien officier de la CIA, avait été envoyé au Liban pour traquer Imad Moughnieh, le responsable de la branche militaire du Hezbollah. Dans une interview à la chaine de télévision d’Abou Dhabi, Bauer a avoué avoir consacré quinze ans de sa mission auprès de la CIA travaillé pour le kidnapper. En 1985, il avait participé à la tentative d’assassinat de Sayed Hussein Fadlallah, un attentat qui a tué et blessé plus de 300 personnes.
-Nick Caldas, australien d’origine égyptienne, ancien responsable des investigations au sein de la commission d’enquête internationale. Lié à la CIA, il avait été auparavant dépêché en Irak pour créer un service de renseignements irakien sous l’autorité de l’administration américaine du pays.
-Michael Taylor, britannique, responsable des investigations au TSL, un ancien chef des Services de renseignements britanniques, il est spécialisé dans la lutte contre le «terrorisme islamique».
-Darrel Mendez, américain, responsable des poursuites au bureau du procureur, «ancien des Marines et lié à la CIA et au FBI».
-Doreid Bcherraoui, libano-français, conseiller juridique du procureur, a été le premier à lancer, via les médias, des accusations contre la Syrie et les services libanais. Hostile au Hezbollah, il passe pour être responsable de plusieurs décisions du Bureau du procureur dans l’affaire des faux témoins.
Le chantage a ainsi occulté le débat sur le passif de l’ère Hariri, qui hypothèque, lui, l’avenir du Liban, à savoir:
Une dette publique de cinquante milliards de dollars
Une évaporation de recettes du ministère des finances de l’ordre de quinze milliards de dollars, sous le gouvernement du tandem Hariri-Siniora.
Trente millions de m2 de superficie du territoire libanais vendus à des inconnus, vraisemblablement à des investisseurs originaires des pétromonarchies du Golfe, en infraction avec la législation du pays.
Près de deux cent mille naturalisés sunnites entrainant un bouleversement de l’équilibre démographique du pays dont le système politique repose sur une répartition confessionnelle du pouvoir.